La vieille dame : Et si quelqu’un avait l’autre ?

Et si quelqu’un avait l’autre avait dit Christine ! Et tout était parti de là. Bientôt Noël et au courrier ce matin parmi tant d’autres sollicitations France Handicap se rappelle à son bon souvenir. Et sur la brochure, comment ont ils les moyens d’avoir du papier glacé s’énerve Gaby en déchirant l’enveloppe, un enfant sourit de toutes ses petites dents, appuyé sur des béquilles. Mon handicap à moi ne se voit pas mais il est bien songe la vieille dame, amputée de plus de 20 ans de sa vie. Le pire est ce sentiment de culpabilité qu’elle traine, elle se sent toujours trop… Ou pas assez… Cette anxiété permanente qu’elle ressent pour ses proches. Elle voudrait les avoir toujours autour d’elle, François la traite de mère poule avec ce ton d’affection exaspérée qu’il adopte régulièrement quand il lui parle. mère poule et ses poussins songe Gaby tout en passant le balai dans son entrée encombrée, il leur manque pense t elle pensée récurrente, résignée, au moins un cagibi… Ma poule n’a plus que 29 poussins elle en avait 30… Chantonne Gaby doucement. Et le sens sinistre de cette rengaine populaire si souvent, si joyeusement, entonnée avec son fils, puis les petits de celui-ci lui saute soudain aux yeux, qu’arrive t il aux trente poussins de cette pauvre poule pour qu’elle les perde ainsi en chemin ? Et qu’à t elle perdu elle dont elle ne se souvient pas ? Lui revient en mémoire le commentaire de la sage-femme lorsqu’elle a accouché de Bertrand « Quel accouchement facile ! On ne dirait pas que c’est votre premier » . Figée au milieu du petit corridor Gaby voit le décor familier se brouiller, ne s’ avise pas, pas immédiatement que ce sont ses propres larmes qui brouillent ainsi son univers, c’est qu’aux bruits du présent, raclement de gorge de François dans le petit salon attenant, croissements des pies, les seuls volatiles qui hantent encore le jardinet à cette période de l’année, s’ajoutent des pleurs d’enfant comme assourdi par l’espace où le temps, des pleurs d’une enfant… Ceux qui reviennent aussi de loin en loin dans ses cauchemars. « Allons ma vieille se gronde-t-elle secoue- toi,tu déraisonnes, c’est le regret de cette petite fille que tu aurais tant voulu avoir après Bertrand qui t’amène ces pensées. Elle empoigne fermement le balai, se concentre sur la structure légèrement rugueuse du bois du manche dans sa main, ne peut empêcher ses pensées de vagabonder tandis qu’à nouveau elle tente de se concentrer sur sa tâche. Son vieux coeur est si las. La petite souris, c’ est ainsi qu’en son for intérieur elle a surnommé sa belle fille, avait raison, elle appellera Christine cette après midi pendant la sieste de François, C’est dimanche elle doit être à la maison,elle lui dira comment procéder. Les jeunes connaissent les moyens de communication moderne, minitel ? songe-t elle. Pas ce matin, ce matin ils doivent dormir encore et elle Gaby, doit faire le marché, retrouver ses amies et papoter autour d’un café sur la grande place. A cette pensée Gaby soupire d’aise elle se souvient d’un temps pas si lointain où rentrer dans un café lorsqu’on était une femme vous cataloguait immédiatement parmi les femmes de petite vertu. Heureusement les temps changent et François lui même a bien fait un peu la moue les premières fois que Gaby a revendiqué de rentrer seule dans un café mais il ne s’y est pas opposé. Un petit tour aux tinettes, il faut prendre ses précautions, et j’ y vais. François, j’y vais clame Gaby troquant le balai contre le caddie. Elle prend le parapluie sous lequel leur chatte Joséphine a encore élu domicile, Tu vas au marché ? s’enquiert paresseusement son mari avec cette manie si agaçante qu’il a d’enfoncer les portes ouvertes ! Et oui pauvre cloche aimerait pouvoir répondre Gaby qui à la place dit : mais oui mon chéri tu mettras la casserole du ragoût à réchauffer vers 12h30 ? Et s’en va sans écouter une réponse dont elle sait avec le temps qu’elle ne viendra pas. Le vieux s’est déjà replongé dans son journal, le supplément du dimanche. Oui une petite annonce pourquoi pas ? mais comment et pour dire quoi ? Donner un rendez-vous ? C’est sur le chemin du marché en longeant la rue Charles de Gaulle : ça ne s’invente pas ! que la solution lui saute aux yeux! Au mémorial ! elle donnera le mémorial comme lieu de rendez-vous ! Gaby se rappelle lors de son édification être allée voir le monument, elle se revoit devant ses murs lire les listes de noms espérant que l’un d’eux lui rappellerait sa jeunesse, ouvrirait les vannes de sa mémoire enfouie. En vain. N’avait elle pas consulté un neurologue un jour qui lui avait expliqué que le cerveau classait constamment les informations, que rien ne s’y perdait vraiment, il avait utilisé la métaphore d’une commode, avait dit à Gaby : votre passé est là quelque part dans un des tiroirs et Gaby avait pensé à l époque les tiroirs de ma commode à moi ont des doubles fonds bien opaques… Le neurologue l’avait orientée vers un psychiatre, un hypnotiseur… Rien n’avait émergé. Mais si quelqu’un quelque part se souvient des petits gants noirs, si, plus improbable encore ne peut s’empêcher de se moquer la part critique de Gaby, quelqu’un a gardé le deuxième gant, cette personne sera peut être â même de pointer son doigt sur un nom, de raconter à Gaby ce que son esprit refuse de lui révéler. Boite de Pandore… Gaby est-elle prête à soulever la boîte de Pandore ? Oui Gaby est prête … Se dit Gaby qui aime se parler parfois à la troisième personne. C’est décidé, je donnerai rendez-vous au mémorial. Viendra qui viendra…ou pas… Se dit encore Gaby.. Au moins j’aurais tenté…

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