Les brises de décembre

Du plus loin qu’il se souvienne Paul a toujours appréhendé le retour de ce mois : décembre.
Dans décembre il y a décès, il y a cendre et il y ambre, l’ambre du regard de sa mère morte sous les coups de son père, un 25 décembre.
Paul était petit et de l’évènement s’il tente de se le remémorer ne demeure qu’un grand bruit emplissant sa tête. Il ne se rappelle pas d’avant, de cette mère arrachée à son affection et dont il ne garde qu’une photo maton, elle, son regard ambré un peu myope fixé sur l’objectif, Paul hilare et berchu, sur ses genoux. Il se rappelle à peine d’après ; les frères dispersés ; la  succession des familles d’accueil ;  il ne fallait pas qu’on s’attache…
Paul a fait sa vie, il travaille dans un bureau. Vit seul. Chichement. Pas malheureux.
Mais quand vient décembre, Paul prend sa tête des mauvais jours. Il se sent si inexplicablement fatigué et au fur et à mesure que le mois avance, la pierre dans son coeur se fait de plus en plus lourde.
Paul, cette année à Noël, a tenté de se suicider, la pierre avait pris toute la place, les médecins ont évoqué une dépression saisonnière mais Paul lui sait que c’est sa mère, cette perte terrible et jamais cicatrisée, qui le hante chaque année, à l’approche de l’anniversaire fatidique.
Un jour, l’alcool aidant, Paul sinon est un taiseux, il s’en ouvre à son ami, son presque frère puisque l’enfant de sa dernière famille d’accueil et celui-ci lui conseille de rechercher ses frères qu’il n’a jamais revus. Pourquoi pas ? S’est dit Paul une fois désaoulé. Il s’est renseigné auprès de son éducateur qu’il pensait ne jamais revoir. Toujours le même sinon les tempes blanchies.
Aujourd’hui Pierre ne sent pas la brise de décembre qui s’insinue sous sa veste trop légère. Il a chaud aux joues, il a rendez-vous avec son passé.
Passé qu’il aperçoit à travers la vitrine du petit café dans lequel il a rendez-vous, matérialisé sous la forme d’un homme assis de biais devant un bock de bière ; le profil anguleux, tiens comme celui de Paul, adouci par, lorsque l’homme se retourne et lui sourit à travers la vitre, deux grand yeux noisette ; deux grands yeux d’ambre qui dévisagent Paul avec douceur.
C’est Antoine. Son frère cadet.

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