Pochtron (plébéien) péruvien parisien amie lippe vérin verdi
Il était une fois un vieux pochtron parigot, bientôt quarante-cinq ans. On le reconnaissait quand il faisait la manche sur les trottoirs de Belleville, à ce beau poncho péruvien, quoi que déchiré au col, qu’il avait dégotté dans une friperie ; Nippe qui lui valait de la plèbe bien pensante, le sobriquet éponyme de « Poncho ». Il vivotait dans une friche industrielle à l’abandon, mais le hangar abritant sa misère , quoiqu’au toit plus percé qu’un gruyère, lui semblait un palace. Il dormait là, protégeant son intimité avec le maigre rempart d’un stock abandonné de vérins verdis ; sur une couche de fortune, un vieux matelas moisi, avec pour tout dessus de lit – reste de coquetterie – une grande serviette de plage dont les couleurs un peu passées, criardes en leur temps, dévoilaient le corps nu allangui d’une naïade anorexique sur fond de mer et de soleil couchant. C’était sa seule amie, bien souvent son seul interlocuteur et caressant tendrement ses seins d’éponge, il lui confiait, comble pour un pochtron, ses déboires. La vie de cloche était une vie de solitude, il savait lui des femmes auprès desquelles oublier le temps de deux trois convulsions quelques caresses sa soif de bibine. Elles le renvoyaient vite à son errance solitaire, ne voulaient pas s’encombrer sinon pour quelques heures et un peu de sécurité masculine. La vie de galère n’inclue pas la tendresse. Il ne leur en veut pas. Lui aussi comprend que la misère de la rue se partage rarement. Elle se vit dans un désert de chagrin, ponctué de quelques rencontres vigilantes, tellement plus périlleuse pour les femmes qui subissent en outre leur destin de sexe vulnérable. En moyenne une femme SDF se fait violer près de 70 fois dans le cours de sa vie d’errance, il n’oubliait pas cette statistique terrible écoutée un jour sur son petit transistor à piles. Lui ne voulait surtout pas les effaroucher, allait son chemin sans but et sans visage, digne quoi qu’il lui en coûtat. Mais triste, si triste parfois qu’il fallait y remédier.
Alors c’est la fille de tissu éponge qui épongeait sa tristesse, la fille et puis le vin, rouge toujours. Notre homme ne faisait pas de mélanges. Sa lippe quoi que lippe d’ivrogne mais comment y échapper quand la vie vous met chaos, -l’alcool réchauffe et anesthésie-, était une lippe avertie. Et si parfois « Poncho » oubliait dans ses beuveries solitaires jusqu’à son nom, il n’oubliait pas le nom du cépage qui avait bercé sa jeunesse, ce petit gamay fruité couleur rubis qui accompagnait les repas, dont son père toujours lui versait un doigt.
Et c’est sur cette évocation, la main toujours pétrissant le sein de coton de la belle effacée qu’il s’endormit ce soir, le dernier, ivre et heureux. C’est ainsi qu’une patrouille passant à l’aube le trouva, les yeux entrouverts, un sourire aviné jouant sur ses lèvres. La main sur le sein de tissu. Mort et enfin libre.
🍷🍷
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