Dans la série des mots un texte : un vieux saule et moi

Rides lavis coits moins foins soins repentir rajeunir

Pas une ride n’agitait l’eau semblable à un grand miroir renvoyant au ciel toute sa couleur bleue  et jusqu’au nuage là haut, parfaitement reflété en bas. Le peintre de l’univers était à son affaire dans cet immense lavis ton sur ton.
Les foins étaient faits,  les rotondes balles attendaient qu’on les ramasse. Entre ces meules blondes, l’herbe déjà repoussait verte.
La flèche aigüe d’un martin pêcheur déchira le ciel et comme il plongeait puis ressortait aussitôt le bec traversé d’un poisson, le lac auparavant non moins lisse que le ciel le surplombant se rida au point d’impact en ondes concentriques.
On eut dit alors que le paysage jusqu’ici comme plongé dans une torpeur d’après coït -les noces méridiennes brûlantes de l’astre et de la terre- s’ébrouait.

Le vieux saule penchant en repentir ses branches lasses, profita avec délice du  soupçon de fraicheur que l’agitation de l’oiseau avait provoqué. Il songeait ce vieux sage aux étés toujours plus brûlants, aux hivers toujours plus secs, au lac dont le niveau avait baissé dont les berges s’affaissaient.  Ses racines desséchées murmurantes et souffrantes lui rappelaient que certes il ne rajeunissait pas, que dans le grand cycle il faudrait bientôt laisser la place… et laisser la place à qui hélas ? puisque son rejeton, le petit arbre qui lui était poussé voici trois saisons, n’avait pas supporté malgré l’ombre apportée, tous les soins  prodigués par le réseau racinaire,  la dernière sécheresse.


J’ai entouré le vieux saule de mes bras, blottie dans l’ombre que ses branches procuraient,   posé ma joue sur l’écorce rugueuse. J’écoutais sa plainte végétale, mon coeur, à ce qu’il me semblait, battant à l’unisson du vieux corps jusqu’à me sentir comme fondue dans le grand arbre las. Nous sommes restés ainsi lui et moi en silence, l’eau chantait sa chanson liquide, et dans le couvert des branches une fauvette babillait.  Et puis je l’ai quitté, mon coeur apaisé n’avait plus peur de vieillir. Il fallait savoir rester là, juste contempler, écouter, ressentir, partager. Être dans la beauté des êtres. Etre… Simplement.

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