Elle n’a pas les mots pour le dire
Mais dans son corps la blessure vive
Mais dans son coeur l’oiseau blessé
L’ âme à jamais, ensanglantée
Elle n’avait pas les mots pour crier
Quand ils sont venus la chercher
Ivres de pouvoir et de sang
Les blancs, les noirs les conquérants
Dans son village on résistait
À l’oppresseur venu, infâme
L’immonde guerre que c’ était
Déchirer le sexe des femmes
Elle n’a pas les mots pour le dire
Ce mal qui depuis la poursuit
Cette brûlure issue du pire
Même au docteur qui reconstruit
Peut on imaginer plus bas
Que cette guerre qui viole et tue ?
Enfants que l’on vole et dénature
Pour les envoyer au combat ?
Pas les mots pour même la penser
Cette baïonnette enfoncée
Par cet enfant fanatisé
Dans son vagin martyrisé
La femme mille fois violée
De ce village de RDC
Dans ce conflit multiplié
N’a pas les mots pour en parler
Et ça dure depuis tant d’années
Issu de nos cupidités
L’on utilise son téléphone
Sans entendre les cris qui résonnent
De ces femmes suppliciées
Et depuis tant d’années ça dure
Dans un silence assourdissant
Malgré l’action de quelques purs
Qui réparent et militent en parlant
Pour celles qui n’ont pas les mots
Les suppliciées, les survivantes
Celles qui vivent en courbant le dos
Que leurs blessures enfouies hantent
Peut-on imaginer plus bas
Que cette guerre qui viole et tue ?
Pour que tu puisses toi ici bas
Écrire ces mots sur ton écran…

Écrit suite à la Lecture du magistral « La force des femmes » du docteur Denis Mukwege qui a consacré sa vie à la reconstruction physique et psychiques de femmes violées par fait de guerre.
La force des femmes. Denis Mukwege. Gallimard, (Folio). ISBN : 9782073010230
Je ne saurais trop conseiller cette lecture dure mais éclairante tant sur les multiples causes de la guerre au Congo que sur les multiples causes et conséquences des agressions sexuelles et violences faites aux femmes dans les pays en guerre (notamment l’immonde invention du viol systématique comme arme de guerre) mais aussi dans les pays en paix.