« J’ai perdu mon chapeau », vint pleurer l’escargot
Chez Corinne la chenille, « et ta coquille ? »
« J’en suis sorti matin pour chercher mon chapeau. »
« Eh ! pour ton chapeau va donc voir ma cousine »
S’écrie la chenille, sa voisine hirsute
« Vois si la coquine n’a pas d’aventure
Mis la patte sur ta si belle coiffure
Je te l’assure mon gros Léo, affûte
Ton esprit, qui aime ainsi les couvre-chefs ?
Si serait-ce sinon Camille ma cousine ? »
« Bien sûr », dit l’escargot, qui partit derechef
Récupérer son beau chapeau chez Camille.
« Camille ouvre-moi ! C’est Léo, l’escargot !
Je suis très malheureux, j’ai perdu mon chapeau
Mon beau chapeau à plumes, rouge et couleur blé
L’as-tu pas par hasard d’aventure emprunté ? »
« Ton chapeau ? Pauvre idiot de Léo ! Il n’est pas là !
Qu’ai-je besoin d’un chapeau ! » rétorqua Camille !
« Moi qui devient papillon ? » et sur ces mots s’envola.
Irisée, jaune et or, la si jolie chenille
Sous les yeux de Léo, devient donc Papillon
Et Léo le cœur gros revint à sa maison
Maison ? « Mais où donc ma coquille est-t-elle passée ? »
S’écria-t-il, « elle n’est plus où je l’ai posée !
Ma coquille n’est plus là, je n’ai plus mon chapeau !!
Que vais je faire, que je suis malheureux, Corinne »
Léo vraiment cette fois en a plein le dos
Il est excédé, il en a ras la coquille
Et c’est alors qu’en moult voltes et virevoltes
Camille Papillon, vole sur l’escargot
« Léo ! flûta Camille Quelle révolte
T ‘anime ? Ce n’est pas moi ces deux vols là !
Que ferais-je d’une coquille d’escargot ?
Léo ventrebleu tu n’as pas de cervelle
Ton voleur mon gros lui aussi a des ailes
Ton chapeau est si beau, ta coquille reluit
Ton voleur ailé mon gros c’est la pie Lucie
Qui d’un coup d’aile avec son bec les aura pris
Dérobés, emportés, tout là haut dans son nid » »
« Hélas » pleura Léo « je ne les verrai plus
Ce que Lucie vole, jamais elle n’a rendu ! »
« Pourquoi ne fais-tu pas alliance avec le corbeau ?
Tu sais ? Celui qu’elle appelle Quasimodo
Il en est furieux et de se venger sera
Fort aise je pense, Léo, ne crois-tu pas ?
Allons viens avec moi » dit Camille la futée
L’ex-chenille au grand cœur conduisit son Léo
Jusqu’au nid du corbeau, occupé à manger
Un camembert bien fait « Oh Maître Corbeau »
« Nous sommes en conflit avec Lucie la Pie
Tu sais, Celle qui t’appelle Quasimodo ! »
A ces mots le Corbeau laissa son calendos !
« Qu’as- tu dit ? Qu’as-tu dit ? insolent papillon ? »
« Du calme l’ami », s’interposa l’escargot
« Foi de Léo, plus beau, plus délicieux oiseau
Il n’en est point sur terre, Adonis est ton nom »
Ces mots avec vigueur reprit le papillon
« Or donc, nous rendrais-tu service cher Aldo ?
Ferais-tu un saut jusqu’au nid de cette gueuse ?
Elle a peut-être volé le pauvre Léo !
Vole donc à ton tour cette pie querelleuse »
Le corbeau hésitait, pris entre deux partis
Finir son fromage ou punir l’infâme pie
« Vois Aldo, Ce pauvre escargot tout nu
Plaide Camille, au premier froid, il est foutu !
Allons, cher Maître Corbeau tu peux le sauver et
Vider ta querelle, vole et nous venge enfin ! »
A tant insister et Aldo tant flatter
L’astucieuse Camille arriva à ses fins
« C’est bon mes amis vous m’avez convaincu
Votre rhétorique ma foi m’a assez plu
Je vais de ce pas rendre à Léo son chapeau,
Sa brillante coquille et tant pis pour l’oiseau
Qui aime ce qui brille tant pis pour Lucie »
Et Quasimodo alias Aldo s’envola
Trois petits tours dans les bois et mit à profit
L’absence au nid de la pie Lucie qu’il pilla
C’est ainsi que Léo retrouva son logis
Fit cadeau à Camille de son beau chapeau
Remercia le corbeau et se le tint pour dit
Un bon tient vaut mieux que deux tu l’auras mon gros
C’est dans l’adversité qu’on connaît ses amis
(1998)