fâcheuse rencontre

Ils avaient décidé de sortir de leur trou pour une fois, plus loin que les quelques pas jusqu’au supermarché voisin. Ce serait comme un voyage…Personne dans la famille n’avait jamais fait de voyage sinon l’arrière Grand Père Léon. L’exemple désastreux de Grand Père Léon restait dans toutes les mémoires, pieusement transmis aux jeunes générations. Il disait qu’il ne serait pas parti longtemps… Léon n’était jamais revenu, personne n’a su ce qui lui était arrivé.

La famille de père en fils et de mère en fille était en quelque sorte concierge. Ils habitaient la dépendance d’une grande maison de villégiature sur la côte bretonne. Cette maison présentait l’avantage de n’être occupée que quelques mois de l’année. Le vivre et le couvert étaient assurés et la seule mission qui leur était dévolue consistait à la défendre contre d’éventuels intrus.

Heureusement aucun intrus ne s’était présenté, ils n’auraient pas fait le poids se disait Amira, l’aînée des enfants et la plus philosophe de leur petite tribu. Elle considérait avec indulgence et une certaine distance les rodomontades de ses frangins ainsi que de leur paternel qui lissant chaque matin ses belles bacchantes annonçait rituellement  » un intrus n’aura qu’à bien se tenir, crois moi Mina ma mimine à moi », immanquablement sa mère émoustillée d’une telle ardeur rosissait.

« Les enfants déclarait régulièrement leur père aujourd’hui foi de moi j’emmène votre mère en voyage, si le pays est beau, nous vous emmènerons la prochaine fois ! »

Amira, l’érudite de la famille, qui passait tout son temps libre dans la grande bibliothèque, dévorant de manière ecclectique tous les livres, leur faisait alors une peinture si sombre de tous les dangers qui les attendaient dehors que ses parents renonçaient à leur voyage.

Un jour cependant son père ne l’écouta pas. Le super marché voisin était en rupture de stock de son cheddar préféré et la perspective de trouver d’autres fournisseurs l’emporta sur la prudence.

« Amira dit Mina tu gardes les petits nous ne serons pas longtemps absents ».

La mort dans l’âme et constatant qu’elle ne réussirait pas cette fois à persuader ses parents de rester au logis Amira asquiéça « Vous ferez bien attention à la circulation ne parlerez pas aux inconnus ?

Enfin Amira tu nous prends pour des enfants ? » Se gaussa Mina

Des lapins de trois semaines aha » renchérit Mike

Il s’ éloignèrent et à peine eurent ils tourné le coin de la rue qu’Amira empoignant ses frangins leur dit « suivons les… nous veillerons au grain ! »

Les deux adultes trottinaient côte à côte et Amira frémit de les voir si frêles, l’échine éclairée brièvement par les lumières des phares. « Faites comme moi intima t elle à ses frères et marchez en rasant les façades des maisons je ne veux voir personne gambader dans la rue ! »

Arrêtés à quelque distance devant une bouche d’égout, les parents semblaient discuter avec animation, Amina s’est retournée vers les trois petits avec un chut comminatoire pour qu’ils se taisent mais quand elle regarda de nouveau vers l’avant Pfuit plus de parents la rue était vide !! Vite cria Amira abandonnant toute discrétion ils ont du descendre dans la bouche il faut les suivre !! Mon dieu mon dieu marmonnait elle tout en courant qu’est ce qu ils ont encore inventé, avec cette impression d’être la seule personne responsable de la famille…

La bouche obscure les avala et ils dévalèrent la pente. Cette pente qui n’ en finissait pas inspira Rolphi qui cria « je suis Jules Vernes je vais au centre de la terre » tirant et poussant ses frères et soeurs tant et si bien qu’ils finirent en boule et roulèrent jusqu’en bas. La pente se continuait par un couloir. Amira courait derrière eux le coeur battant avec la sensation atroce que la situation lui échappait totalement. « Rolphi, Pomme, Loulou !! Arrêtez- vous » soufflait elle. Plus que les objurgations de leur aînée, c’est une grosse toile tendue en travers du couloir qui les stoppa. Faisant volte face Pomme et Loulou se précipitèrent dans les pattes d’Amira qui manqua trébucher. « On a senti un truc poisseux Beurk ». Amira regretta de ne pas avoir pris de torche. « Ce doit être une toile d’araignée on va tenter de la contourner »affirma Rodolphe. « Et s’il y avait des rats ? Ces gros rats dont tu nous raconte les aventures les soirs » frissonna Loulou. Au secours paniqua Amira in petto puis se ressaisit, elle regrettait d’avoir entraîné les trois petits dans cette aventure. Mais elle ne devait pas oublier qu’elle était l aînée. « Mais non » s’est elle efforcée de rire  » Et leur tenant fermement la main et adressant une prière muette au divin pour que l’ araignée soit occupée ailleurs, elle rasa le mur, s’aventura à travers les fils…Ouf ils étaient passés ! Au fond du couloir qui n’était plus si sombre, une lumière brillait par intermittence. Du minois des petits elle ne voyait que les petits yeux anxieux. « Allons dépêchons nous de retrouver nos parents et de les persuader de rentrer » les pressa t elle. Ils s’avancèrent en file indienne vers la source de lumière qui s’agrandissait au fur et à mesure qu’ils s approchaient. Les bruits d’eau qui accompagnaient leur progression et qui avaient fini par leur sembler familier s’estompèrent au profit d’ un surprenant brouhaha. C’est Pomme la première qui le remarqua on n’entend plus l’eau mais qu’est ce qu’on entend ? Chuchota la petite en se retournant vers sa soeur.

Quelque mètres plus loin le brouhaha se précisa : des hurlement démoniaques, des bruits de lutte, et … Mais oui c est maman qui crie, « lâchez nous ça suffit espèce de… bande de… » hurlait leur génitrice, ceci accompagné de toutes sortes de mots que la décence nous interdit de reporter ici.

Rolphi s’élança avant qu’Amira n’ aie pu leur conseiller d’être prudents. Ils coururent à sa suite et découvrirent, en même temps que leur frère, que le couloir se terminaient par une sorte de terrasse ouvrant en contrebas sur une salle de grande dimension. Vivement illuminée par l’ouverture pratiquée dans le rocher qui la fermait cette salle manifestement creusée de manière naturelle par une rivière souterraine dont ne subsistait qu un filet d’eau était occupée par 5 ou 6 individus d’apparence patibulaire. Ceux ci, quand les petits arrivèrent à leur aplomb, en étaient venus aux mains et formaient une sorte d’hydre confuse et bruyante. Se disputant, à ce que leurs spectateurs finirent, horrifiés, par comprendre, le privilège de manger leurs parents. Mina et Mikee étaient donc tombés sur une bande cannibale…

Leurs parents étaient réfugiés tous deux contre une des parois rocheuses leur corps à peine discernable, comme fondu dans le rocher gris anthracite. leur mère s’était tue. Ses cris remplacés par d’autres clameurs, celles des individus qui les retenaient.

Amira je tombe pleura Pomme. Elle s’était appuyée malencontreusement contre un rocher, plus un gros caillou qu’un rocher, qui s’était comme dérobé sous elle. Tous se précipitèrent pour retenir Pomme dont le petit corps oscillait au bord du précipice. C’est alors qu’Amira avisa un gros rocher en surplomb et qui semblait instable. « Aidez moi Loulou, Pomme Rolphi, on va pousser ce gros rocher. »

Un dernier regard à la scène pour vérifier la position des brigands et nos 4 aventuriers poussèrent poussèrent…

Alors qu’à bout de force et tout suants ils allaient abandonner, ils sentirent le rocher tout à coup s’ébranler, n’eurent que le temps de se rejetter en arrière « Ouille » firent Loulou et Rolphi en se télescopant…chut fit Pomme mais le rocher bascula et dans un bruit effrayant chuta par l’ouverture.

Quand les ondes sonores provoquées par la chute se furent tues, aussitôt remplacées par un silence compact. Les enfants tremblant se rapprochèrent. Des ravisseurs au sol, on ne voyait plus que quelques membres, émergeant du rocher. Les parents eux, étaient indemnes et levant la tête, découvrirent leur progéniture.

« L’escalier » murmura leur père indiquant le côté opposé de la plate-forme.

« Ne bougez pas souffla leur mère on vous rejoint ». Et passant précautionneusement à côté du magma roche individus, -mais rien ne bougeait, tous avaient apparemment été assommés sur le coup-, ils grimpèrent ce qui s’avéra être plus une échelle de corde qu’un escalier et tombèrent dans les bras de leurs enfants.

Quelle imprudence de nous avoir suivis dit maman. Et où seriez vous à présent rétorqua Amira si nous ne vous avions pas suivis ?

Dans le ventre de ces 5 gros chats hurlèrent les trois petits.

Et c’est ainsi que la petite famille échappa à ses ravisseurs et rentra chez elle.

« On ne m’y reprendra pas deux fois, foi de souris« promit Mikee un peu honteux, lissant ses moustaches.

9 Comments

  1. Coucou Cécile ! Zut ! J’ai perdu mon pari avec moi-même 🙂 Dès le premier tiers de l’histoire j’avais parié sur une famille de chats….
    Heureuse de te lire ! Je reviens traîner mes guêtres sur les blogs-amis. Et ça me fait super plaisir ! J’ai vu que tu as été très active en mon absence. Je vais essayer de rattraper mon retard de lecture.
    Biz et amitié de Dom !

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  2. 👍Bravo, j’ai beaucoup apprécié, surtout la chute, mais l’ensemble est égaiement très joliment écrit.
    Je me joins à Alan et te félicite pour ton style bien sympa et agréable à lire.🙏
    Belle journée à toi

    Ben

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      1. Ma vie est difficile depuis 4 mois . Sans rentrer dans le détail, je vis depuis plusieurs années une relation compliquée… Parce ce que c’est privé, je n’en parle pas. La situation sanitaire n’arrange rien et j’ai plus de mal à trouver de l’inspiration.
        En tout cas ton texte m’a bien fait rire et j’ai retrouvé la Céline littéraire fes débuts, décalée et déjantée;)

        Aimé par 2 personnes

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