Elle ramassait des chataignes

Jour d automne froid, ensoleillé, une de ces matinées radieuses dont on se dit qu’il faut profiter. Des pans de ciel bleu égayaient la forêt entre les branches des arbres auxquelles s’accrochaient les dernières feuilles.

Aux feuilles rousses éparses, les châtaigniers sur le chemin mêlaient leurs bogues semblables à de petits oursins bruns.

… Châtaignes, coin du feu, l’odeur de bois, de marrons qui cuisent et craquent au dessus des braises…

… A Paris les vendeurs au coin du boulevard, l’odeur, les sachets de papier réchauffant les petits doigts gourds… l’enfance retrouvée.

Oublieuse dans sa contemplation ravie, des bruits de la chasse qui se rapprochaient, elle avait retrouvé ce plaisir enfantin de fouler du pied les bogues pour en découvrir les fruits.

Elle a entendu les chiens.

Elle n’a rien senti.

On ne sent rien.

Elle n’a pas compris quand elle est tombée, pourquoi elle tombait.

Le ciel entre les branches a tournoyé, puis s’est stabilisé. Sa tête a heurté le sol.

Le silence longtemps, et des cris soudain… »Ne bougez pas surtout, mon Dieu, tout ce sang !! » les secours, le brancard, les girophars…

Plus tard, beaucoup plus tard. Lui debout face au juge. Elle en fauteuil roulant. Elle devra entendre, et entendre encore… Non des excuses, mais cette phrase obstinément répétée… « Pas ma faute, je l’ai prise pour un sanglier…

Écrit en hommage à l’un de mes lointains cousins mort un jour de chasse dans son jardin, celui-ci pour son malheur en lisière d’une forêt.
Tout au long du procès le chasseur a répété stupidement : « Je l’ai pris pour un sanglier… »

4 Comments

  1. Une bien terrible histoire, qui commence pourtant sous de bons auspices (le ciel bleu, les châtaigniers, etc.). Très bien écrit, comme d’habitude.
    Perso végétarienne depuis l’enfance, plus ou moins tolérante. La souffrance animale et bien réelle et c’est difficile pour moi de comprendre que pour certains c’est normal. Mais définitivement dans l’incompréhension la plus totale face au plaisir que certains et certaines trouvent dans le fait de traquer et tuer un animal. Je préfère les chasseurs de clichés animaliers 🙂
    Biz, chère Cécile !

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  2. Un homme est mort dans sa voiture entre Rennes et Nantes tué par un chasseur. Incroyable mais pourtant vrai. La chasse est-elle encore adaptée à notre monde? Si elle fut nécessaire pour la survie pendant des siècles, elle est aujourd’hui un sport dangereux pour les autres. La forêt est un lieu de promenade et de ressourcement ou humains et animaux doivent vivre en paix.
    Vive les chataignes et attention aux pruneaux!
    Belle journée à toi Cécile

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    1. Oui j’ ai vu ce fait divers ironie du sort qui a voulu que sa fenêtre soit ouverte sinon la balle n’aurait pas traversé … j accepterai qu on doive chasser (pour se nourrir) le jour où on aura supprime tous les élevages en batterie, fermé les abattoirs… Je vais mettre les éleveurs à dos si j écris ça !

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      1. Vaste débat! La liberté des uns se confronte à celle des autres. Perso, je pense que la chasse doit être hyper encadrée sur des espaces exclusivement privés et signalés. Je suis comme toi contre les élevages en batteries, les camps de concentration animaux et créateur de zoonoses et de … virus. Le chasseur a le mérite d’être honnète c’est à dire d’assumer le fait de tuer lui-même ce qu’il mange contrairement à de nombreux urbains qui mangent de la viande en confiant le sale boulot à d’autres. Je mange de moins en moins de viande et de plus en plus végé. J’ai un faible pour le poisson car « la maman des poissons, elle a l’œil tout rond mais je la préfère avec du citron » (Boby Lapointe).
        Have a good day, dear Céline.

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