Petits contes d’halloween 1 : Dernier virage

On dit que les derniers kilomètres sont toujours les plus dangereux, la plupart des accidents arriveraient dans un rayon de trente kilomètres autour du domicile.
C’est ce qu’on dit.
Pour moi c’est arrivé au dernier virage.
Je n’aurais jamais dû partir si tard, surtout pas après avoir bu, mangé, bu…moi je n’suis pas du soir ! Avec le temps je devrais le savoir.
Il avait fait si beau, si chaud, cette journée là ! Un temps improbable pour ce dernier jour d’octobre.
Je nous revois lanternant, buvant sur la terrasse en tee-shirts, bras de chemises relevés. Bientôt le crépuscule a allumé des lumières au loin sur la vallée et nous étions toujours là à deviser, Pierre, Paul. Jacques et moi. L’heure entre chiens et loups…
Le ciel encore clair dessus nos têtes rougissait de nos propos avinés tandis qu’en contrebas le village, perdu dans la vallée, perdait de sa netteté minérale, ses toits bleus lentement engloutis par la brume.
On ne vit bientôt plus que le haut du clocher carré de la petite église.
Tandis que, l’esprit moi même embrûmé, je regardais sans la voir la marée montante de nuages, huit coups retentirent.
– » 20h ? Déja? Il va falloir que je prenne du souci… « J’ai dit mollement Pierre a répondu
-« mais tu peux aussi rester dormir. » Est-ce que j’aurais dû accepter ? Je ne suis pas du soir ok mais là dans la torpeur du moment et comme j’allais asquiecer, le rappel insidieux d’une réunion a émergé dans mon cerveau.
– « Je ne peux pas j ai rendez vous avec le boss à 8h demain ! »
-Comme tu voudras a soupiré Pierre tandis qu’un peu plus loin dans la vallée et nous parvenant assourdis, noyés eux aussi dans la brume de chaleur qui montait encore, nous parvinrent huit autres coups.
-« Ah ! Saint Sauvin est en retard » a souri Jacques que l’on croyait endormi.
Le son nous parvenait presque sépulcral, « la vieille cloche au gosier vigoureux »quelques vers épars de ce poème de Baudelaire se frayaient péniblement un passage dans ma mémoire d’écolier et je frissonnais bien qu’il ne fit pas froid. Pierre comme s’il avait senti mon malaise demanda :  » – Connaissez-vous l’histoire de l’église engloutie ? »
– « Quelle histoire ? « ont demandé quasiment en même temps Paul et Jacques, toujours prêts, les jumeaux, à en écouter une bien bonne.
-Et bien a repris Pierre nous servant une généreuse rasade de son petit vin alligoté – « celui-ci, vous m’en direz des nouvelles ! – On raconte que dans une vallée pas loin d’ici, des gorges plus précisément, un village entier a disparu sous les eaux suite à l’installation d’un barrage »
– tu veux parler des gorges de la Loire ? C’est à côté de chez moi »j ai réagi
-« Oui c est bien ça dans ce village il y avait bien-sûr une église et il se racontait autrefois, que parfois cette église, toute noyée qu’elle est, sonne le tocsin. Elle sonne juste avant qu’un malheur n’arrive. C’est ce qui se disait.
– Ah ?_ reprennent en choeur, intéressés, les jumeaux. Je me tais le coeur subitement lourd. Cette histoire ravive de vagues souvenirs en moi et je n’ai pas trop envie d’entendre la suite et pourtant me surprend à demander.
– « Ça n’aurait pas un rapport avec la dernière fois que la cloche à sonné ? » Et Jacques tout à fait réveillé simultanément :
-« des courants agiteraient la cloche ? »
– Le hic c’est que les vieux assurent que la cloche à été décrochée avant l’engloutissement, nul ne s’explique qu’elle sonne » reprend Pierre ravi de son petit effet. Et se tournant vers moi
« oui la dernière fois que a cloche à sonné c’est lorsque la pauvre Blanche, le coeur consummé d’amour, s est pendue à 17 ans, à sa corde. C’est son corps servant de balancier qui a fait sonner la cloche ce jour là, horrifié le sacristain avait argué de l’ engloutissement proche et décroché la cloche.
J’ai pris la route peu après, la nuit tout à fait tombée. Mon esprit resté attaché à cette terrasse. Le son sépulcral et l’intrigante histoire en tête.
J’avais du mal à garder les yeux ouverts et vis avec soulagement les lumières de la ville se profiler au loin.
– Encore un virage et je suis chez moi me disais-je.
C’est alors que dans l’habitacle dominant le ronronnement feutré du moteur,
je l’ai entendue, la cloche, elle sonnait sonnait sonnait de plus en plus distincte et bientôt assourdissante.. ding, ding, Dong…
Et je l’ai vue. Livide au bord du ravin,. Livide et la main à son cou. Blanche dans le virage. C’est elle, c’est Blanche. J’ai lâché le volant et dans la chute infinie du véhicule, le visage blanc en surimpression derrière les paupières fermées, continué d’entendre, de plus en plus fort ding Dong Ding DONG DIIING…LA CLOCHE….

5 Comments

  1. La morale de l’histoire : Au delà de trois verres, tu vas au cimetière ☠️
    Il fallait écouter Pierre
    Et dormir pour éviter l’enfer.
    En même temps, comme dirait Manu, Pierre, Paul et Jacques aurait dû t’ordonner de rester sur place.
    Belle plume blanche de Cécile pour un texte bien mené.
    A bientôt, sorcière

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  2. Ah! La dame blanche fait encore parler d’elle. Une vraie histoire d’Halloween pour m’empêcher de dormir ! Et numérotée 1 en plus… je m’attends au pire avec ta langue bien pendue…

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      1. Ah bon ! Des menaces en plus ? ha ha ! L’hémoglobine d’halloween t’inspire ! Essaye les endorphines, les vitamines, la cristalline… et tu retrouveras la bonne mine, l’humeur coquine… câline… (Je te taquine bien sûr). Bisous.

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