Césarine 4 (Fin ?)

Césarine est un peu fébrile quand elle se réveille ce matin là trop tôt pour un lundi. Le musée ouvre tard elle a le temps de se préparer et d’y aller tranquillement. Les nuits ont été perturbées depuis qu’elle a pris cette décision et elle ne peut penser sans rougir à la dernière évocation nocturne d’Alice qu’elle a faite. Celle ci était habillée en costume traditionnel, en fait comme sur une des photos anciennes visibles sur Internet sur laquelle Alice Taverne figure costumée selon l’auteur de l’article en bergère… Césarine revoit le commentaire qui l’accompagnait. « Passionnée l’ethnologue allait jusqu’ à revêtir parfois les costumes qu’elle collectionnait pour son musée » et Alice avait fait une apparition, ainsi habillée dans la chambre de Césarine. Penchée sur le lit elle avait posé une main fraîche sur son front. « Que tu es belle -avait-elle murmuré- j’ai froid cà t’ennuierait que je dorme avec toi cette nuit j’en rêve depuis si longtemps ? » Et sans attendre la réponse Alice s’était prestement débarrassée de ses lourds vêtements et pelotonnée contre le corps de Césarine, avait aventuré ses mains douces et s’était aussitôt emparé de ses seins en émettant un curieux feulement de bien être. Quand Césarine s’est réveillée elle a bien cru voir une chevelure brune mêlée de blanc sur l’oreiller adjacent mais bien sûr ce n’était que Chapi la petite chatte coquine et câline qui aimait la nuit se coller contre la tête de sa maîtresse et dont le ronronnement toujours un peu fort l’avait réveillée bien avant le réveil.

Ce rêve lui a laissé une impression si durable qu’elle a l’impression de se préparer comme pour un rendez-vous amoureux, ne peut s’empêcher de troquer sa vieille jupe de la veille contre cette robe bien trop habillée mais dont le bustier met en évidence ses seins, ses seins dont Alice… « Mais stop se gourmande Césarine l’Alice de tes rêves n’existe pas ! La vraie Alice Taverne est morte depuis près de 40 ans ! » Alors pourquoi ce curieux pétillement dans sa poitrine ? Cette sensation de moiteur qui l’envahit quand elle pense à sa nuit ?

Un petit brunch plus tard Césarine est partie, ensuite tout s’est enchaîné comme dans une sorte de torpeur rêveuse et après avoir garé sa petite Volvo sur la mignonne petite place, sans conscience d’avoir conduit les quinze kilomètres de plaine qui la séparent d’Ambierle, elle se retrouve devant la porte du petit musée avec l’impression de s’être téléportée.

Le musée est hébergé dans une vaste maison bourgeoise aux murs de pierre disparaissant sous le lierre. le petit vestibule semble sombre malgré les appliques en cuivre qui dispensent une chiche lumière de part et d’autre de la caisse. Césarine doit accommoder sa vue après la clarté du dehors. Elle resserre frileusement son écharpe et dirige son regard vers la personne visiblement absorbée par sa lecture derrière le petit panonceau indiquant les tarifs de visite. « Oh pardon dit celle-ci en sursautant, levant la tête un sourire de commande plaqué sur ses lèvres, je ne vous avais pas entendue rentrer, vous désirez visiter ? » Devant le jeune homme brun qui la dévisage, Césarine comprend à quel point ses espoirs étaient fous autant que vains et contre toute évidence s’apprête à dire « non non pas du tout » et à tourner les talons, quand la photographie sépia pendue sur le coté de la porte d’entrée accroche son regard. Elle représente une femme mure dont le regard clair la harponne, intriguée au plus haut point par la mise de la femme photographiée en tailleur clair et petit chapeau cloche, de même facture que celui qu’en rêve elle a vendu… elle se retourne vers le réceptionniste « c’est Alice Taverne ? » demande t-elle ? « Oui dit le jeune homme, elle aimait bien s’habiller, la photographie a été prisepeu avant sa mort à ce qu’on m’a dit. » Alors que Césarine cherche ses mots, voudrait mais n’ose pas demander « De quoi est-elle morte » -rien ne l’indique dans les notices biographiques consultées lors de sa recherche internet mais comment justifier sa curiosité?- la porte s’ouvre avec violence puis claque derechef « Oh mille pardons Aristide s’exclame la femme qui vient d’entrer, elle m’a encore échappé des mains, c’est qu’il fait grand vent dehors !!  » Puis dévisageant avec une curiosité non dissimulée Césarine  » Vous venez visiter ? Voulez-vous que je vous fasse une visite guidée ? Il n’y en a pas d’ordinaire le lundi mais je suis disponible si vous le souhaitez… » Césarine ne dit mot et contemple héberluée le visage encore juvénile de la femme, éclairé par deux grands yeux myosotis sous une chevelure noire mêlée de blanc…

Elle se tient tout contre la photographie, en semble le double vivant, rit de voir la stupéfaction de Césarine. « Je suis Alice, la petite nièce de la fondatrice de ce musée. Et se retournant sur la photo vous trouvez vous aussi qu’on se ressemble ? Oui ? Tout le monde le dit !  »

« Bonjour Alice -dit alors Césarine- moi c’est Césarine et je crois qu’on s’est déjà rencontrées ».

Début de cette histoire : https://cecilevalentine.wordpress.com/2022/12/30/cesarine/

https://cecilevalentine.wordpress.com/2023/01/14/cesarine-suite/

https://cecilevalentine.wordpress.com/2023/01/22/cesarine-fin/

4 Comments

  1. Césarine a-t-elle enfin trouvé son Alice ? C’est vrai que parfois les « coïncidences » sont troublantes et s’invitent dans nos vies sans que l’on sache pourquoi. Notre héroïne va pouvoir reprendre le cours de sa vie, son mystère presque élucidé 🙂
    Je pense que cette amitié toute neuve ne va pas s’arrêter là.
    Biz et bon début de semaine, Cécile. Je te donne des news la semaine prochaine en ce qui concerne un gant perdu 🙂

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