Il s’est observé il avait toujours aux pieds les chaussures de rando chaussées le matin, la montagne pourtant ne lui semblait plus la même, une brume ouatée enrobait le paysage installant comme un filtre entre lui et le reste, pour autant il n’avait pas froid.
Mais où étaient passés les autres ? Depuis le dernier ravin, il était raide celui là, l’homme ne les entendait plus. Il lui semblait bien distinguer d’autres gens devant lui à travers la brume mais ceux ci curieusement chaussés de chaussures de ville en cuir et chose étrange au lieu du havresac utile en pareille situation, tenaient à la main une malette.
Il fallait bien avancer, il marchait à la file et sans plus se poser de questions. Une étrange torpeur lui était remontée le long du corps, s’était fixée au niveau de son crâne, lui emplissait à présent le cerveau, interdisant toute pensée un peu élaborée, seuls des songes confus lui venaient comme flottant dans cette ouate qui recouvrait tout.
Les tempes lui battaient, les yeux lui brûlaient mais rien de tout ça n’avait d’importance. « C’est dans ma tête a t-il songé, c’est de suivre ce sentier qui ne mène nulle part derrière tous ces gens qui me sont étrangers. La fatigue des deniers jours bien certainement, je n’aurais pas dù… n’avais pas la forme physique pour entreprendre… »
C’est arrivé à ce point de ses confuses projectures qu’il a levé les yeux, constaté que la brume avait comme forci, et rougeoyait, était ce donc de la brume ou bien… ? « Hé ! A-t-il crié vers les deux personnes qui le devançaient arrêtez-vous, ne sentez-vous pas le feu ? » Mais l’homme devant lui continuait sa route, portant toujours sa malette et sans paraître le moins du monde incommodé, et semblablement pour autant qu’il put voir, les autres qui le précédaient et qui, mais à ce stade plus rien ne l’étonnait, n’étaient en rien vêtus pour une randonnée.
Tous étaient pareillement encombrés de cet épais nuage rougeoyant et nul ne semblait s’en émouvoir ni entendre ses cris. Il dut reconnaître lui même passé le premier moment de panique qu’il ne ressentait aucune douleur, ne sentait ni le feu, ni la fumée dont en définitive ce nuage était composé.
Il se remit à marcher à la file. Devant lui la pente s’incurvait, devint bientôt presque verticale, lui pourtant continuait à marcher, se sentait devenir de plus en plus léger, ne sut pas vraiment à quel moment ses pieds gagnés par le nuage avait quitté le sol, mais à la suite des autres, il vola plus haut, toujours plus haut, plus léger, toujours plus léger.
La sensation était délicieuse et lui a traversé l’esprit l’idée qu’il volait comme Jonathan Livingstone, lui serait il poussé des ailes ?
Dans tout son être se produisit alors comme une explosion, son corps tout entier lui sembla fondre dans le bleu du ciel. Les autres lui paraissaient si loin, eux aussi plus que fragments infinitésimaux… C’est alors qu’il…. Et…
Voila Madame la combustion est terminée… Vous pouvez récupérer l’urne.
J’adore la chute ! Excellente…
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J’aime particulièrement « mon dieu à moi »
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Je me suis fait happé par ce récit jusqu’à cette chute inattendue. J’aime cette façon d’embarquer le lecteur vers un univers onirique et métaphorique. Moi j’y ai vu aussi dans cette randonnée vers la mort la question écologique avec ces hommes aux malettes qui nous dirigent vers le feu.
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Ah mais ça ferait l’objet d’un autre texte, une autre interprétation de la photo 😉 J’aime l’idée que la mort soit douce, extatique, à l’image de ce que l’on appelle la petite mort… Se dissoudre en conscience dans l’éther, comme un don des atomes qui nous constituent. Des bises Alan et merci à toi de m’inspirer souvent et aussi de faire ma culture musicale 🙂 A ce propos connais-tu Govrache c’est un slameur qui a des textes très inspirés, engagés, drôles et tendres. Écoute ?
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Merci 😘. Non je ne connais Govrache. Je vais écouter.
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Enorme le Govrache. Je vais explorer un peu plus et peut-être faire un post sur lui. merci pour ce partage de véracité.
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💗
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