Les chroniques de Fanchonette 3

Mamounette chérie  hier c’était l’ anniversaire de la mort de papa, douze ans déjà…

c’était aussi la journée nationale ou internationale,  je ne sais plus trop, de la pauvreté : combien de morts chaque jour, combien d’agonisants, de demi-vivants sacrifiés sur l’autel de la rigueur ?
 

Ce sont aussi des jours de deuil national, il faut qu’un enseignant meurt victime de la barbarie  pour que nos gouvernants nos médias se rendent compte et rendent compte du caractère méritant, compétent, dévoué d’au moins quelques uns de nos enseignants… Le reste du temps nous ne sommes que des minables tires-au-flanc, qui ne travaillons pas suffisamment, profitons abusivement de congés trop longs  et laissons échouer les jeunes qui  nous sont confiés.


Le crois-tu mamounette ? Dominique Bernard était un enseignant exceptionnel, un héros du quotidien. De même que Samuel Paty assassiné trois ans jour pour jour avant lui ;  j aimerais donc questionner nos contemporains si souvent méprisants à notre égard à commencer par nos autorités de tutelle :  serait-ce donc que les terroristes  ne ciblent que les trop rares enseignants qui font correctement leur boulot ?  « Tiens aujourd’hui se disent-ils au petit dej en aiguisant leur couteau,  je vais me buter un bon enseignant »  ?  Ou hypothèse plus vraisemblable, serions-nous dans notre grande majorité des enseignants consciencieux, soucieux de leurs élèves et qui font de leur mieux avec les moyens (toujours plus peau de chagrin) qu’on leur donne ?


Toi mamounette qui haïssait la violence sous toute forme qu’elle soit, qui ne l’avait que trop connue,  d’abord pendant la guerre,  puis à travers ta profession d’assistante sociale  tu n’en reviendrais pas si tu revenais de ce que le monde est devenu…

Tu t’ étonnerais d’autre part avec moi de voir fustigées les associations qui ont donné leur chance a la famille de l’ agresseur en empêchant il y a 10 ans une expulsion quand elles n’ont fait que leur devoir d’être humain, j’ ai envie de dire, de frère humain. 

Et la fraternité n’ est elle pas un vain mot inscrite sur nos frontons lorsqu on stigmatise l’étranger au motif qu’ il pourrait devenir l’ agresseur de demain ? La fraternité n est elle pas un vain mot quand on  enferme les gens dans un cercle oh combien vicieux :  » trouve du travail et tu seras régularisé, oui mais tant que tu es sans papier, tu n’ as pas le droit de travailler »?

Certains oseront me dire que je mélange tout, que la barbarie ne s’excuse pas… Bien sûr la barbarie ne s’excuse pas mais nous devons à nos enfants des clés d explication du monde qui dépassent les clivages odieux et  les stigmatisations d’ une population contre une autre. N’es-tu pas d’accord ma Mamounette ? 


Oh maman ton âme chérie partie depuis 15 ans bientôt nous prédisait déja l’apocalypse tant tu voyais dans les prémices du monde des années 2000 les germes  pas étouffés, renaissants des fascismes et totalitarismes des années 40. Ce « climat d’avant la guerre » que tu reconnaissais. Égoïsmes et rejets. Pauvreté galopante qui fait le nid des communautarismes exacerbés, pauvres contre riches, musulmans contre chrétiens, la guerre, la guerre partout, partout,  la maison qui brûle. 

Tu écrivais je me souviens, avant, bien avant l’ère des pétitions sur internet. Tu prenais, ta plume, ta machine à écrire ou ton ordinateur et tout ce qui te révoltait tu le couchais sur le papier à l’ intention de nos députés, ministres, présidents même. Agoraphobe tu ne descendais pas dans la rue mais l’écriture était  ta manière de résister.


Reprenons  le flambeau nous qui ne sommes pas agoraphobes, descendons dans la rue, écrivons ou crions sans relâche nos tristesses et révoltes. Et surtout méfions-nous des amalgames simplistes, refusons le rejet de l’étranger, du pas comme nous, du malheureux. Ne cédons pas à cette émotion du moment qui voudrait par exemple qu’au motif d’un assassinat nous menions la chasse aux sorcières et renvoyons brutalement nos frères étrangers, venus nus de pays en guerre ou maltraitants…


Pour un prof assassiné parce qu’il était prof, combien de sans papiers humiliés et maltraités, assassinés aussi, parce-qu’ils sont sans papier ?de musulmans assassinés parce qu’ils sont musulmans ? De protestants autrefois assassinés parce qu’ils étaient protestants … De juifs assassinés parce qu’ils étaient juifs, de palestiniens, assassinés… Et j’en passe… La liste est tellement longue !


Ma chère maman pardon de t’avoir dérangée  tu m’as appris la nécessaire révolte contre l’injustice, tous ces dialogues que nous n’avons pas vraiment eu ensemble je les poursuis dans ma tête. Je t’aime par delà ta  mort et je t’embrasse.

3 Comments

  1. Un constat sans appel qui souligne la grise ambiance du monde. Avec son lot d’incompréhensions, de combats et indignations. Ses peurs aussi et ce difficile sentiment de n’avoir aucune solution immédiate. Trop tentaculaire, immatériel, inconnu. Perso, comme ta Mamounette, cela fait plusieurs années que je ressens le climat mondial assez similaire aux périodes qui ont précédé les grandes guerres du XXème siècle. Je n’étais pas née, mais lorsque je consulte la presse de ces années-là (pour des travaux de biographie) je ne peux m’empêcher d’y trouver des similitudes.
    Une note positive : il y aura toujours de belles âmes, des actions et des combats où l’humanité, la générosité, l’attention à l’autre allumeront cette lumière nécessaire à conserver l’espoir d’un possible apaisement.
    Biz, Cécile 🙂

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  2. Eh bien ! Tu nous en mets plein les chaussettes (qui vont être bien lourdes à remonter !) C’est vrai qu’il y a de quoi dire avec les actualités depuis quelques années et malheureusement je ne sais pas si mamounette aura réponse à tout… Bisou Cécile.

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