Sur la photo….

Sur la photo la chaise était vide

Quelqu’un a dit c’est étrange cette chaise vide

Elle prend tout son sens à présent

Puisque déjà tu n’étais plus là.

Ici, déjà, ce n’était plus que l’ombre de toi même qui parcourait les couloirs.

On la croisait parfois cette ombre pesante aux pas las on se disait qu’on ne te reconnaissait pas.

La salle des profs, déjà endeuillée sans le savoir,  ne recevait plus ta visite.

Quand de loin en loin nous te croisions, tes coups de gueules, ton humour et tes enthousiasmes pour une matière ouverte sur le monde avaient laissé la place à la plainte sourde de qui n’en peut plus, aux silences éloquents.

Les manifs aussi on t’y voyait moins, puis plus.

On n’a pas compris, pas voulu comprendre  que ce qui contribuait à te tuer à petit feu  c’était le boulot croissant, devenu administrativement absurde, les réformes successives, les restrictions sans fin et leurs cortèges de culpabilisation  les exigences multiples des ministres bavards et sourds…

On se disait bien que tu n’allait pas bien, on en parlait parfois certains,  on avait trouvé une excuse commode pour expliquer ton éloignement. Nombre d’entre nous  n’osaient pas proposer le mot de cette addiction qui fait peur.

On s’en contentait et on t’a laissé t’éloigner…

Oui cette chaise vide en début d’année sur cette photo où tu ne figures pas.

Comme elle nous parle à présent que tu n’es plus là.

Adieu collègue impatient,  iconoclaste, adieu le passionné, l’érudit.

Adieu toi.

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